Intervention du Frère Pavel, théologien du synode, à l'assemblée du 5 juin

Toutes les décisions que nous aurons à prendre, toutes les idées que nous aurons à débattre trouvent leur vraie stature dans ce dynamisme vital qui prend l’homme pour le rendre participant de la nature divine.

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Découvrez ici les réflexions du Fr. Pavel SYSSOEV OP devant les délégués synodaux avant leur départ dans les assemblées partielles.

Il est heureux de célébrer cette rencontre de notre synode dans la lumière de Pentecôte. Nous venons de recevoir l’Eucharistie – le Corps du Christ Ressuscité, source de l’Esprit Saint. Par son incarnation, par sa mort, par sa résurrection, notre Seigneur et sauveur entre dans la gloire, et de son corps glorifié jaillissent pour nous les flots de la vie divine. L’Esprit de Dieu se répand en profusion sur les disciples de Jésus et les porte dans sa mission. Comme le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. Les disciples sont revêtus de la mission même du Fils. Mais à eux seuls ils sont radicalement incapables de la porter. Enfermés par peur ; hésitants, ne sachant quoi dire et comment parler, ils ont radicalement besoin d’une nouvelle mission. L’Esprit est envoyé pour être leur force, leur flamme, leur vie. Revêtus de Lui, les disciples prêchent et témoignent. Les disciples servent et règnent. Les disciples sanctifient et sont sanctifiés. Il est heureux de revenir aux sources de notre vie des disciples missionnaires : le Christ répandu et communiqué par l’Esprit Saint.

L’Esprit qui nous est donné est celui de prophétie, il est l’Esprit de la Parole. C’est lui qui oeuvre dans le coeur de chaque homme, oui, de chaque homme sans exception aucune, pour y faire jaillir une soif, une soif de la parole de Dieu. C’est lui qui orient la vie de chacun vers Celui qui seul peut sauver de la mort et du mal, vers Celui qui est Chemin, Vérité et Vie, Jésus, Fils de Dieu, Sauveur de tous les hommes. Nul ne peut venir à moi, - dit le Christ, - si mon Père ne l’attire. L’Esprit dispose les coeurs pour accueillir la Parole que Dieu veut nous donner. Chaque personne, sans exception aucune, est déjà travaillée par cet esprit de Révélation qui nous prépare à entendre ce que Dieu à nous dire. Et Dieu nous parle. Nous croyons en Dieu qui se donne dans sa parole. Non seulement il nous enseigne les chemins de notre bonheur à nous, il ne se contente pas de donner des repères pour que nous puissions vivre en paix entre nous. Il ne se limite pas à nous révéler des choses cachées. Il fait infiniment plus : il se révèle, il se donne, il se dit. Il est lui-même notre bonheur. Il est lui-même notre paix. Ils lui-même ce Verbe qui se fait chair par l’action de l’Esprit Saint. L’Esprit donne aux prophètes de dire la parole même de Dieu. Il forme dans le sein de la Vierge Marie, le Corps à ce Verbe qui vient demeurer parmi nous. Il porte la prédication de l’Église. Il parle en nous, cet esprit de Parole, et ce faisant il éclaire, il embrase, il sauve le monde. Nous nous livrons à l’action de cet Esprit. Qu’il habite notre parole. Qu’il éclaire notre intelligence. Qu’il nous donne de témoigner. L’Esprit de Prophétie nous est donné, non pour notre petite joie à nous, mais pour le monde entier. Chaque homme est travaillé par l’Esprit afin que chaque homme puisse trouver un témoin crédible et vrai qui lui donnera la Parole de Dieu, donc Dieu lui-même. 

L’Esprit qui consacre l’Église est l’Esprit de service. La royauté du Christ, dont nous sommes rendus participants, se manifeste dans toute sa splendeur sur le bois de la Croix. Tout au long de son ministère terrestre, Jésus fuit le titre royal que les foules ou ses disciples lui attribuent. C’est sur la Croix qu’il accepte : Jésus le Nazaréen Roi des Juifs. Là où il donne sa vie par amour, c’est là où il règne. C’est là aussi où il remet son Esprit : celui qui l’a consacré comme notre roi, celui qui nous consacre dans sa royauté. Pour un chrétien, toute fonction est un service, toute charge est un ministère, tout pouvoir n’est donné que pour se mettre aux pieds de ses frères. Dans notre réflexion sur les charges et les fonctions, sur les responsabilités et la collaboration, sur le pouvoir et sur la docilité, n’oublions pas de quel Esprit nous sommes. Servir, ce n’est pas simplement donner un peu de son temps ou de ses forces, ce qui est déjà une grande chose. Ce n’est pas simplement donner des moyens, ou chercher une plus grande efficacité – et il faut que nos communautés soient dotées de meilleurs pour le service de Dieu ! – c’est trouver sa joie et sa gloire dans le don de sa personne. Pour les humbles et pour les pauvres, pour les désespérés et pour les malades, pour les blessés de la vie et pour ceux qui se croient indifférents à toute question religieuse, nous avançons en serviteurs. Nous avons reçu un immense don de Dieu, nous héritons d’une magnifique tradition théologique, sociale, culturelle, il est de notre devoir de la mettre au service des autres. Quand un regard extérieur voit en Église une entreprise, l’ensemble des fonctions, quand on nous présente cette société que nous formons comme un simple agrégat de charges uni par un pouvoir extérieur, nous sentons, que cette vision fonctionnaliste est incomplète. Certes, dans notre Église, il y a des charges et des ministères, mais ce qui les anime, ce qui nous anime, c’est l’Esprit de Royauté, l’Esprit de Service. C’est parce que nous avons reçu ce don et cet appel, c’est parce qu’il s’agit de notre dignité d’enfant de Dieu que nous nous mettons au service des uns des autres. Dans notre réflexion sur les ministères et les charges, n’oublions pas que c’est la dignité de ce que nous sommes dans le Christ qui doit fonder notre pratique. 

L’Esprit de Sainteté. La sainteté chrétienne n’a pas sa source en nous. Elle vient de plus loin que nous, car elle est une participation à la vie même de Dieu. Que signifie être saint ? Aimer, comme Dieu aime. Espérer de lui ce que lui seul peut donner. Espérer Dieu de Dieu. Voir le monde à la lumière de Dieu, concevoir Dieu comme il se révèle. La foi nous rend participants de la science divine : celle qu’il a de lui-même, celle qu’il a de nous. Voir l’histoire orientée, portée vers ce mystérieux achèvement qu’est le Royaume de Dieu : ce royaume qui germe dans ce monde et qui dépasse radicalement ce monde. La sainteté chrétienne est une participation à la vie même de Dieu, elle est avant tout une sanctification. Être saint signifie être sanctifié. Recevoir Dieu de Dieu. Dans sa parole, à travers une méditation priante, patiente, aimante des Écritures. Recevoir Dieu de Dieu dans ses sacrements. Le recevoir dans une prière, le recevoir dans le service de charité, être sanctifié et à son tour servir la sanctification de ceux qui nous sont confiés.


L’Église est ce mystère de la vie divine reçue et transmise. L’Église n’existe pas pour elle-même, elle est essentiellement une transmission, une communication : entre Dieu et tout homme s’étend le champ de son ministère où elle enseigne, oriente, donne Dieu. Nous nous mettons au service de ce dessein bienveillant du Père qui veut conférer l’adoption filiale à tous les hommes qu’il a créés. Puisse notre réflexion, nos débats, notre effort de création et de discernement se déployer à l’horizon de ces mystères. Toutes les décisions que nous aurons à prendre, toutes les idées que nous aurons à débattre trouvent leur vraie stature dans ce dynamisme vital qui prend l’homme pour le rendre participant de la nature divine. L’Esprit de prophétie, l’Esprit de service, l’Esprit de sainteté agit en nous et veut dans sa liberté souveraine nous guider sur ses chemins. OEuvrons avec lui !

Fr. Pavel Syssoev, op.

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